Les premiers résultats du second tour des élections présidentielles du Libéria donnent Ellen Johnson Sirleaf, 66 ans, vainqueur avec 59 % des votes contre 41 pour son rival, l’ancien footballeur George Weah.
Ellen Johnson Sirleaf deviendrait ainsi la première femme de toute l’histoire accédant à la Présidence d’un pays africain.
Diplômée de Harvard, Ellen Johnson Sirleaf est une économiste reconnue. Tour à tour Secrétaire d’état (1972-1973) puis Ministre des Finances (1980-1985), elle occupa également des postes importants au sein de diverses organisations économiques liées à l’ONU, notamment en tant que gouverneur du Liberia au Fond Monétaire International. Son parcours lui confère une crédibilité qui manquait cruellement à Weah.
La tâche de la nouvelle Présidente s’avérera difficile sur plus d’un point. Premier Etat indépendant d’Afrique noire, fondé en 1847 par d’anciens esclaves affranchis, le Liberia (dont le nom vient de l’anglais Liberty) n’est sorti qu’il y a 10 ans d’une guerre civile qui dura 14 années.
Le 12 avril 1980, un coup d’état mené par le sergent-chef Samuel K. Doe renverse le Président Tolbert. Auto proclamé Général, Doe instaure un régime corrompu où les libertés publiques sont quotidiennement bafouées et la démocratie inexistante. Les opposants au régime se réunissent alors autour de Charles Taylor et le parti clandestin qu’il a créé, le National Patriotic Front of Liberia (NPFL). Rapidement Taylor et ses hommes parviennent à contrôler 90% du pays, à l’exception de la Capitale, Monrovia, qui sera au centre des combats pendant plusieurs années. Malgré l’assassinat de Doe en 1992, la situation s’enlise. Cinq ans s’écouleront avant qu’en 1996 la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ne parvienne à imposer le désarmement des factions et a organiser des élections qui verront Charles Taylor accéder à la Présidence avec 75% des voix. Mais les cicatrices du conflit seront encore pendant longtemps perceptibles. On estime à 200 000 le nombre de personnes tuées pendant la guerre civile, chiffre atroce auquel s’ajoute les millions de réfugiés.
C’est par conséquent un pays dévasté que la nouvelle Présidente aura pour devoir de redresser.
Ellen Johnson Sirleaf devra également parvenir à un accord avec le parti de George Weah qui a appelé à des manifestations dans tout le pays pour dénoncer de supposées fraudes électorales. Pour appuyer ses accusations, l’ancien footballeur a présenté à la presse 39 bulletins pré remplis en faveur d’Ellen Jonhson Sirleaf et marqués du sceau de la commission chargée des élections. La Présidente a de son côté rejeté toutes accusations et a annoncé être prête à donner un poste important au sein du gouvernement à Weah afin de garantir une paix intérieure. « J’espère qu’il surmontera sa déception pour que nous puissions ?uvrer ensemble pour le bien du pays » a-t-elle déclaré.
Interrogée sur le caractère historique de l’élection d’une femme à la tête d’un état africain, Ellen Jonhson Sirleaf a fait part de son espoir que sa victoire soit perçue comme un message fort pour toutes les africaines.