Voter est un droit que nous avons durement acquis et c’est quelque chose, je crois, que nous devons faire.
Quand on pense à tous ceux de notre race qui ont sacrifié leur vie à bâtir un pays dans lequel nous pouvons vivre librement aujourd’hui et espérer un avenir concret malgré les discriminations, je me dit que pour eux, pour la mémoire de ces hommes et femmes, nous devons faire entendre notre voix. Nous avons désormais la chance d’évoluer dans un pays où le principe de démocratie tend encore à être respecté et même s’il est vrai que trouver un parti politique ou un candidat dont le programme correspond à 100% à nos aspirations semble mission impossible, nous devons tout de même nous engager en faveur de celui ou de celle qui s’en rapproche le plus, lui donner le bénéfice du doute car, peu importe le temps que cela prendra, les choses finiront bien un jour par changer. Et si ce n’est pour nous, ce sera peut-être pour nos enfants...
Les Noirs de France ont une histoire, un passé douloureux mais important dans l’histoire de ce pays. Et c’est vrai que les Français de souche ont souvent rapidement tendance à l’oublier. Mais notre victoire ne peut passer que par le rassemblement, ce que nous sommes loin d’avoir réalisé, au contraire. Et je comprends que certaines personnes puissent se sentir découragées face à l’attitude souvent incompréhensible de certains représentants de notre communauté.
Mais ne pas voter n’est pas la solution.
Moi j’irai aux urnes pour faire entendre ma voix, mais également celle des jeunes des cités à qui l’on ne laisse aucune chance et qu’on catégorise sans vergogne quand ils expriment leur mécontentement de la seule façon qui puisse réellement attirer l’attention d’un gouvernement atteint de surdité. J’irai aux urnes pour tous ces chômeurs diplômés dont je fais partie, qu’on passe à la corbeille à la seule lecture de leur nom ou à la seule vue de leur photo. J’irai aux urnes simplement pour pouvoir demain regarder ma fille en face et répondre à ses questions sans rougir. Car des questions, il y en aura de sa part, comme de celle de tous nos enfants et un jour, il faudra bien qu’on y réponde et qu’on explique pourquoi nous avons tous fait l’autruche face à une situation que nous pouvions progressivement changer, en faisant simplement entendre notre voix, dans un mouvement unanime et solidaire.
Ghislaine